Des exemples dans la compassion du Prophète (صلى الله عليه و سلم)
Ibn Mas'oûd (رضي الله عنه) rapporte: "Il me semble encore voir le Messager d'Allâh (صلى الله عليه و سلم) agissant comme l'un des Prophètes (Jésus) qui fut frappé à sang par son peuple cependant qu'il ne cessait d'essuyer le sang de son visage en disant: "Seigneur Allâh! Absous mon peuple car il ne sait pas". (Al-Boukhâri, Mouslim)
Aïcha (رضي الله عنها) a dit: "le Messager (صلى الله عليه و سلم) s'abstenait d'une pratique qu'il aimait par crainte que les gens l'adoptassent et qu'elle fût rendue obligatoire". (al-Boukhari n°1060, Mouslim n°1174)
An-Nawawi (رحمه الله) a dit: "le hadith montre l'ampleur de la grande compassion qu'il éprouvait à l'endroit de sa communauté".
'Omar (رضي الله عنه)
Selon Zayd Ibn
Aslam, selon son père: "'Omar avait l'habitude d'aller en patrouille pendant la
nuit, seul; mais si quelqu'un voulait l'accompagner, il ne l'en empêchait pas.
Une nuit, raconta Aslam, je lui demandai la permission de l'accompagner. Il
consentit, et je marchais avec lui toute la nuit. Vers minuit, nous sortîmes de
la ville et nous vîmes un feu de camp. 'Omar me dit: "Aslam, quelqu'un a fait
halte à cet endroit: allons voir qui c'est." Nous nous approchâmes du feu et
nous aperçûmes une femme en compagnie de deux ou trois petits enfants qui
pleuraient. La femme était occupée à faire du feu sous un pot, et disait aux
enfants: "Ne pleurez pas; dormez jusqu'à ce que la nourriture soit prête, alors
vous mangerez. Que Allâh nous rende justice de 'Omar, qui, lui, dort rassasié,
alors que moi et mes enfants, nous souffrons de la faim!"
"En entendant ces paroles, 'Omar eut les larmes aux yeux. Il salua la femme, qui
lui rendit son salut. Puis il lui demanda s'il lui était permis d'approcher. "Si
vous venez avec de bonnes intentions, répondit-elle, approchez". Alors 'Omar lui
demanda ce qui lui était arrivé.
La femme raconta: "Je suis partie de mon pays avec mes enfants pour me rendre à
Médine. J'ai été obligée de m'arrêter ici, par la fatigue et la faim, et
maintenant la faim nous empêche de dormir, moi et mes enfants".
"Mais, dit 'Omar, pourquoi invoques-tu Allâh contre 'Omar ?" Elle répondit: "Il
a envoyé mon mari à la guerre, où il a été tué et je suis restée dans la misère
avec mes enfants !"
'Omar lui demanda ce qu'il y avait dans le pot. "Rien que de l'eau, mais j'ai
allumé le feu pour apaiser mes petits, et qu'ils dorment jusqu'à demain matin."
Aussitôt 'Omar s'éloigna, raconta Aslam, en me demandant de le suivre. Nous
courûmes vers la ville el allâmes à la boutique d'un marchand de farine. Mais le
marchand ne s'y trouvait pas. Nous allâmes à sa maison, et 'Omar le réveilla, le
fit sortir de sa maison el acheta un sac de farine.
Nous allâmes ensuite chez le boucher et 'Omar demanda de la viande. "Je n'en ai
pas, Prince des croyants, dit le boucher, mais j'ai de la graisse". 'Omar acheta
une bourse de graisse. Les gens (du boucher) lui dirent: "amîr al mou'minîne",
nous allons la porter". "Non, allez, leur dit-il, j'ai quelqu'un avec moi".
Alors, continue Aslam, je ne doutai point qu'il me dirait de porter la charge.
Mais lorsque les gens furent partis, il prit le sac de farine sur ses épaules et
me demanda de placer la bourse de graisse par-dessus.
Je dis: "Prince des croyants, laisse-moi porter cela !" Mais il répliqua: "Aslam,
si tu prends cette charge, qui portera la charge de mes péchés ? Et qui prendra
sur lui l'effet de la prière de cette femme ?"
Et 'Omar pleura si fort, que je craignis de le voir défaillir. Puis nous
courûmes en toute hâte vers la femme, et 'Omar déposa sa charge.
La femme dit: "Que Allâh te récompense ! Tu es plus digne d'être le gardien des
pauvres que 'Omar".
'Omar, de sa main, prit un peu de graisse et la mit dans le pot. Il engagea la
femme à préparer la pâte, puis il me dit d'aller chercher du bois. Lorsque je
rapportai le bois que j'avais recueilli, voilà que, par Le Allâh Tout-Puissant,
je vis 'Omar, la barbe par terre, soufflant sur le feu, sous le pot. La femme
plongea dans l'eau, par petits morceaux, la pâte qu'elle avait préparée dans une
assiette, et lorsqu'elle fut cuite avec l'eau et la graisse, 'Omar la mit dans
l'assiette, fit asseoir la femme et les enfants et leur dit: "Maintenant, toi et
tes enfants, mangez et rassasiez-vous. Rends grâce à Allâh, et prie pour 'Omar,
qui n'était pas au courant de votre situation". Ensuite il rentra en ville."
(At-Tabari)